Foutoir français

Regard fielleux, discours acrimonieux, dégaine martiale, idéologie rétrograde, maquillage vampire, Marine Le Pen, mascara excepté, est le portrait de son père. Se démarquer de son géniteur en l’excluant du FN ne la rend pas plus fréquentable. Je commence par elle parce qu’elle est favorite du premier tour, voire du deuxième si le spectacle continue.

L’écart entre les visées de Macron et les vues de Hollande relève de la nano-marge. Ancien conseiller spécial du Président, puis son ministre de l’économie, on n’est pas étonné de constater que le programme d’« En marche » pourrait être celui d’un second quinquennat hollandais, ce qui lui promet quelques difficultés. Reconnaissons cependant que sa volonté de dépasser l’algarade partisane mérite d’être saluée.

L’obstination de Fillon dans le reniement de la parole donnée rappelle les heures de gloire du petit Nicolas, effluves d’encens, excuses (mais pourquoi s’excuse-t-il, s’il est innocent ?) et amnésie en sus. Le « collaborateur » et le « maître » se nourrissent au même combustible. Gardien de la morale catho, le pharisien suit les traces de son inspirateur. Soyons juste, il faut lui reconnaître un certain courage dans l’adversité, et ceux qui le fuient, tout obsessionnellement préoccupés par leur avenir, risquent bien de s’en mordre les doigts.

Qui donc trouver de bien dans le foutoir électoral ? Le prospère Hamon, dont le « Canard Enchaîné » révèle l’opulence domestique (ce n’est pas un crime) et les cachotteries qu’il en fait ? Jean-Luc Mélenchon, que j’ai envie de plébisciter, tant l’éloquence, la culture et la sincérité de l’engagement m’émeuvent, mais qui ne sera jamais président de la République ? Bayrou, auquel François Mitterrand prédisait un destin présidentiel, l’un des rares politiciens à écrire ses propres livres (cf. son excellent ouvrage sur Henri IV), qui voulait « surpasser » un clivage gauche-droite légitime lorsqu’il génère de vraies visions pour le futur, mais dont les porte-parole respectifs ne sont pas à la hauteur ? Juppé, qui a pris une raclée imméritée lors de la « primaire » et a payé seul pour les turpitudes de son maître Chichi ?

Inutile de pleurer sur les disparus, de gauche ou de droite. Ils sont morts pour un moment. Le beau Peillon qui a joué le jeu pitoyable de la sournoise Aubry pour fusiller Valls, qui avait tout de même l’expérience du pouvoir, est heureusement et définitivement enterré. Copé l’intrigant ou Lemaire le prétentieux sont « réduits », pour un temps, le plus long possible, il faut le souhaiter. Démonétisée, la fille à papa Morizet est aussi inspirée que l’inconsistante Hidalgo ou que l’atrabilaire Rachida Dati. Inutile d’aller plus loin.

Je finis la lecture du dernier « canard », l’affreuse feuille de chou qui a le tort de dire la vérité et d’honorer son indépendance : ce n’est que fric, fraude discale, trafic d’influence, frasques pipeulesques ! Paris est une fête, proclamait jadis Hemingway ! Paris est une désespérance, s’exclamerait-il aujourd’hui au gré d’un bourdon cuité. A vous dégoûter d’aimer la France. Mais la France, ce n’est pas sa classe politique, c’est plus que cela. Bien plus que cela. (PAC)

Présidentielle française

L’autre soir, sur le plateau de BFM TV, Henri Guaino déplorait que la France ne fût servie que par de petits hommes, les « grands » (il citait De Gaulle et François Mitterrand) ayant disparu du paysage politique. A voir le spectacle que nous offrent les candidats à la présidence de la République, on ne peut que lui donner raison. Désormais favori, Emmanuel Macron relèvera-t-il le défi ? A voir. Quoi qu’il en soit, on est loin de Mongénéral et de François de Jarnac : « Je connaissais mon Histoire de France jusqu’au bout des doigts, ainsi que le territoire en ses circonscriptions, les églises et leurs clochers, les monts et les bocages, les landes et les ruisseaux, les senteurs et les pelages, les vins et les fromages, les huîtres et les viandes. Tel qu’en moi-même enfin, l’éternité me fige : pur-sang haut de gamme de la maison France, mélange subtilement et longuement travaillé de terroir et de lumière, d’aristocratie et de peuple, de Voltaire et de Barrès, de sabre et de goupillon, d’agnosticisme et de dévotion, de révolte et conservatisme. Je fus, selon la belle expression de Cocteau, un miroir de mon pays, qui réfléchissait peut-être un peu plus que les autres. » Le président d’alors était capable, malgré les tombereaux d’injures que les politicards déversaient sur lui, d’assurer la suprématie d’une fonction crainte et respectée. (PAC)

Malgré un « NON », la victoire des autonomistes !

Drapeau écossais

Les Ecossais n’accéderont pas à l’indépendance à court terme. Tel est le verdict du scrutin. Les raisons du « NON » majoritaire ont été souvent mises en évidence avant le vote, et elles se sont révélées pertinentes pendant. D’abord, le conservatisme naturel d’une partie des électeurs les a figés dans la peur de l’inconnu, un sentiment que l’on a identifié et connaît partout. Cette peur a été abondamment et artificiellement alimentée : par exemple, on a dit aux électeurs que les banques installées à Edimbourg allaient déménager pour Londres ! Dans ce contexte, le sondage donnant le « OUI » en tête à deux jours du scrutin a joué contre les indépendantistes. Enfin, de nouvelles promesses de Londres ont fini par assurer la victoire du « NON ».

Quelle conclusion faut-il tirer de cette consultation populaire ? Que, malgré le résultat, les partisans du « OUI » ont gagné. D’abord, ils ont fait reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple écossais. De cette reconnaissance formelle découlera un accroissement sensible d’un pouvoir déjà conséquent en mains indépendantistes. En somme, c’est un « OUI » à l’aspiration autonomiste de l’Ecosse que, de leur côté, les Anglais ont dû concéder afin d’éviter l’option indépendantiste. Et s’ils se renient dans les mois qui viennent, alors ils concourront à la relance du débat et, à terme, ouvriront la porte à la création du nouvel Etat écossais.

Le référendum écossais est extrêmement réjouissant parce qu’il a fait comprendre, non seulement à la Grande-Bretagne, mais au monde entier, que le droit d’autodétermination des peuples n’a rien perdu de sa valeur depuis son intégration dans le droit international public et son inscription dans la Charte des Nations Unies en 1945. Grâce aux Ecossais aujourd’hui, grâce aux Catalans et à d’autres demain, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’impose plus que jamais au monde « globalisé » qui veut à tout prix broyer la diversité humaine au profit d’un ultralibéralisme économique assassin.

Tout peuple qui se reconnaît et est reconnu comme tel est légitimé à se donner le système politique de son choix sur son territoire ancestral. Dans leur propre histoire depuis l’annexion du Jura au canton de Berne en 1815, les Jurassiens n’ont eu de cesse de s’appuyer sur cette légitimité-là pour conquérir leur liberté. Malheureusement, ni le canton de Berne ni la Confédération ne l’ont respecté et, recourant au droit positif suisse, ont bafoué le droit international public au lendemain du 23 juin 1974, œuvrant ainsi activement à la division du Jura. Mais rien n’est fini, et l’Ecosse vient de nous faire la brillante démonstration que, quelles que soient les embûches électorales, la libre disposition des peuples reste une référence vivante et prometteuse. Merci aux Ecossais !

Le choix des langues nationales

Le Parti socialiste suisse part en guerre contre les cantons qui souhaitent se débarrasser de l’enseignement du français dans leurs écoles (Cf. LQJ du 6 août 2014). Son initiative est à saluer, en espérant que d’autres familles partisanes l’appuieront, mieux, se l’approprieront. Les attaques contre le français « menacent le fragile équilibre de notre pays et sont un danger pour la cohésion nationale », dit le Conseiller national valaisan Matthias Reynard.

Il est vrai que la multiplication des initiatives relatives à l’enseignement des langues dans les cantons alémaniques préoccupe au plus haut point. La crainte, qui n’est pas infondée, est qu’à terme un tel mouvement débouche sur la prééminence de l’anglais au détriment des langues nationales comme vecteur de communication entre les Suisses. On se souviendra à ce propos qu’il y a quelque temps Beat Kappeler et ses amis souhaitaient qu’on s’exprimât en anglais au Conseil national, comme au plus haut niveau de commandement de l’Armée !

Le français chassé du paysage éducatif suisse allemand ? L’exemple du Parlement schaffhousois qui vient d’adopter « une motion exigeant le retour à une seule langue étrangère, l’anglais, à l’école primaire », le laisse malheureusement entrevoir. Et que cet exemple soit suivi par les cantons de Lucerne et de Nidwald, et par d’autres, est particulièrement lamentable. « En Argovie, le pas est quasi déjà franchi, dénonce le conseiller national bernois Matthias Aebischer, puisqu’après une année obligatoire, les élèves peuvent renoncer au français. »1

Dans ce contexte, la menace brandie par le Conseiller fédéral Alain Berset, relative à une intervention de la Confédération à l’encontre des cantons qui abandonneraient l’enseignement du français à l’école primaire est légitime. Elle l’est en raison de la décision du corps électoral suisse liée à l’approbation du concordat HarmoS, lequel « pose le principe de deux langues étrangères à l’école primaire, dont une nationale. »2 Pareille volonté est aussi légitime comme réponse à une attitude déloyale par-ce qu’unilatérale, même si l’on peut et l’on doit s’interroger sur le grignotage continuel de la souveraineté cantonale en ce domaine comme dans d’autres. Au cas particulier, notons que l’intervention fédérale est due à la brutalité de forces politiques dont l’action vise aussi à contraindre l’Etat à des économies drastiques dans la formation, « seule matière première de la Suisse, qui constitue un investissement et pas une charge », conclut avec pertinence Matthias Reynard.

L’apprentissage des langues nationales n’est pas une pénitence ; c’est une aubaine, une exigence morale, culturelle et économique. La détruire au nom de la vision « politiquement correcte » en vogue, vision économiquement erronée par ailleurs, ou au nom d’un snobisme imbécile, confine, sinon au suicide, du moins à un affaiblissement désastreux et sur tous les plans pour l’avenir. C’est à cette œuvre néfaste qu’il faut s’en prendre.

Qu’on se rassure: il ne s’agit pas d’exclure l’anglais de nos préoccupations linguistiques, mais seulement de ne pas lui réserver une situation de monopole. Qui oserait nier que l’apprentissage de l’anglais est, sinon indispensable, du moins extrêmement utile, intellectuellement enrichissant ? Pas plus un politicien qu’un économiste, un artiste qu’un scientifique, un voyageur qu’un chercheur, un portier d’hôtel qu’une réceptionniste, un Suisse alémanique qu’un Romand. Là n’est pas le problème. La question, la seule, est, partout : doit-on rester sans réagir face à « l’uniformisation » culturelle du pays et, au-delà, du monde, dont la touche finale réside dans l’intronisation de l’anglais comme langue unique de communication nationale et internationale ?

Il est tout à fait stupide de prétendre que l’idéal de l’unité humaine peut se réaliser, dans le champ culturel, linguistique et politique, à travers l’instauration d’une hégémonie quelconque. Pareille hégémonie est porteuse d’appauvrissement culturel et de totalitarisme idéologique. Le respect de la diversité des langues et des cultures est une condition essentielle à l’épanouissement de la démocratie et de la liberté. Où que l’on se trouve.

De ce point de vue, le canton du Jura se distingue depuis quelque temps par ses op-tions pédagogiques en matière linguistique. En favorisant activement l’apprentissage de la langue du voisin, c’est-à-dire l’allemand, ce qui est la moindre des choses, cela notamment à travers « l’institution » de ses classe et filière bilingue (voire la coopération et les échanges mis en place par les Lycées de Porrentruy et de Laufon), l’État jurassien a pris la bonne direction. Il doit être encouragé dans cette démarche, constructive et bénéfique. PAC

1 et 2 Cf. l’article du Quotidien jurassien du 6 août

Hommage aux femmes jurassiennes

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Dans le cadre du 70e anniversaire du droit de vote des femmes, soit avec trois décennies d’avance sur la Suisse, la France a célébré dernièrement le jour où les femmes furent officiellement admises à égalité avec les hommes dans la République. Ce jour, c’était le 21 avril 1944, et il s’était écoulé un siècle et demi depuis la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et malgré le sacrifice d’Olympe de Gouges et sa « Déclaration des droits de la femme », qui, après avoir exercé son droit de monter à la tribune, fut vivement conviée à exercer celui de monter à l’échafaud… A l’occasion de cet hommage national, on a, de Louise Weiss à Lucie Aubrac, convoqué au prétoire les lumineuses figures devant lesquelles chacun s’incline naturellement. On a cité aussi d’illustres messieurs militant pour le droit des femmes. On s’est souvenu de Condorcet, qui réclamait en 1790 que la femme fût l’égale de l’homme en droit et en dignité. On a évoqué Hugo, qui s’engagea d’une même voix et pour les mêmes droits. On aurait pu citer Stendhal qui estimait que « l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation ». Les grands hommes ne manquent jamais à l’appel des vertus suprêmes. J’ai bien dit les « grands hommes », pas les petits, pas ceux dont la Duchesse de Langeais disait, sous la plume de Balzac, qu’ils permettent bien aux femmes « de s’élever au-dessus d’eux, mais ne leur pardonneront jamais de ne pas descendre aussi bas qu’eux… »

Certes, l’AFDJ ne se revendique pas comme mouvement féministe a priori. Cependant, il est juste d’affirmer que ses fondatrices ont toujours eu à l’esprit la volonté de défendre les droits de la femme. Le projet de l’AFDJ a été dès le départ de faire naître un État au service de la démocratie et de la justice. Un projet conçu pour faire avancer les luttes et défendre le bien commun. Très tôt les femmes jurassiennes ont compris qu’une vision individualiste de la société contribuait à dépolitiser les enjeux sociaux. Elles craignaient que les problèmes d’inégalité, avec l’insécurité et la détresse sociale qui les accompagnent, demeurassent irréductibles dans le modèle-type du canton confédéré. Dès lors, il fallait, en terre jurassienne, élargir le spectre de la réflexion politique à la suppression des rapports de domination, quels qu’ils soient.

Dans le reste de la Suisse, les choses, sur ce plan-là, étaient plutôt figées. Rappelons-nous en effet que la Confédération n’a jamais assumé le rôle de pionnière dans la promotion de l’égalité entre hommes et femmes. Elle s’est juste montrée suffisamment pragmatique en copiant à son tour les réalisations locales réussies. Ainsi, le Bureau fédéral de l’égalité fut créé en 1988, alors que le canton du Jura avait, précisément sous l’impulsion de l’AFDJ, déjà fondé le sien en 1979, donc neuf ans plus tôt et huit ans avant que Genève ne fît pareil!

Faut-il en conclure que tout est gagné ? Rien n’est moins sûr, et la vigilance est de rigueur. Mieux, la pression doit s’amplifier ! Car pensons à la plus élémentaire justice, toujours pas respectée et si difficile à imposer. Le Parlement jurassien n’a-t-il pas adopté en 2002 un postulat suggérant qu’on rédigeât une loi sur l’équité salariale comme prolongement du principe d’égalité fixé dans la Constitution fédérale ? Et alors? Il n’y a jamais eu de loi sur l’équité salariale, et de 30% il y a douze ans, l’écart entre les salaires des hommes et des femmes est passé à 25%, autour de 20% dans le meilleur des cas, pour un travail identique ! Pour être précis, mentionnons les dernières statistiques de l’OFS qui signalent que cet écart est passé de 18,4% en 2010 à 18,9% en 2012. Ça remonte… et on ne peut pas dire qu’il s’agit-là d’une victoire…

Le double combat de l’AFDJ, mêlant la marche d’un peuple vers sa libération et celle de la femme vers son accession à un statut légitimement revendiqué, ce double combat-là reste primordial pour le progrès de toute communauté humaine. Il doit se poursuivre dans le sou-venir de la parole de Jean Rostand : « Le temps ne travaille pas pour l’homme, et tout ce qu’on aura manqué à faire en cette génération, il faudra s’y reprendre à la prochaine. Les enfants qui naîtront dans des millénaires ne seront pas plus aptes au progrès que ceux qui naissent de nos jours, et il n’y a rien à espérer de l’avenir qui ne soit déjà espérable du présent. »

Les femmes jurassiennes se sont ménagé une place privilégiée dans l’histoire de la lutte d’indépendance. Leur apport a puissamment contribué à notre appropriation de la souveraineté politique. Roland Béguelin l’a dit dans des termes flatteurs. Roger Schaffter l’a proclamé avec force. Valentine Friedli, seule femme de la Constituante, l’a revendiqué avec talent.

Les femmes jurassiennes ont porté haut l’honneur du Jura, et c’est à l’association née il y a cinquante ans qu’elles doivent d’avoir gravi les échelons d’une notoriété désormais inscrite dans la mémoire des temps. Je voudrais aujourd’hui leur dédier les mots de la lettre d’adieu que Pauline Marois, Premier Ministre déchu du Québec et amie de notre mouvement, vient d’adresser à ses compatriotes: « Jeune femme, je rêvais de changer le monde. Aujourd’hui, je me permets humblement de penser que j’y ai contribué, grâce à vous. Je vous enjoins de continuer de vous tenir debout, la tête haute, pour protéger ce qui vous tient à cœur. De continuer à chérir le précieux trésor que nous avons reçu de nos mères et de nos pères, et qui fait de nous un peuple différent. De ne jamais tourner le dos à la possibilité que nous nous donnions un jour un pays à nous. Un pays pour décider pour nous-mêmes et par nous-mêmes. L’avenir vous appartient. Je demeurerai toujours à vos côtés. Je vous aime. » Ce pays-là, Mesdames et Messieurs, c’est aussi le nôtre, le Jura. Continuons de rêver à la restauration de son unité et obstinons-nous à nous engager afin qu’il la retrouve.

Jamais indifférentes, tantôt au front, tantôt dans l’ombre, les femmes se sont impliquées massivement dans la mobilisation du peuple jurassien. Mais que sait-on vraiment, dans le public, de leur engagement ? Etaient-ce de bonnes complices, de précieuses partenaires, d’excellentes alliées, des adhérentes d’exception ? L’histoire, rassurez-vous, établira les faits et s’adressera aux consciences. Elle dira qu’elles ont agi et bousculé jusqu’à idéaliser la lutte d’indépendance du Jura, autant qu’elles ont ennobli celle de leur émancipation au sein d’une société cohérente et solidaire. Merci aux femmes jurassiennes d’avoir été et de rester à l’avant-scène des luttes pour le progrès social, la liberté, la fraternité et l’égalité ! Longue vie à l’AFDJ !

Le Jura est debout

BELIER

Discours prononcé à l’occasion de la 50e Fête de le jeunesse jurassienne – Moutier, le 15 mars 2014

Chers amis de la jeunesse jurassienne,

Chers amis jurassiens,

 L’anniversaire célébré le 15 mars symbolise la volonté, l’endurance, la fidélité à une cause légitime. Le sort du Jura n’est pas négociable. Son avenir ne se règle pas au gré d’une péripétie électorale. L’unité du Jura ne se brade pas sur l’autel d’un faux débat démocratique. Et, quoi qu’en disent les vainqueurs provisoires du 24 novembre, quoi qu’en pensent les censeurs du militantisme jurassien, un jour où l’autre nous nous retrouverons, de nouvelles explications seront nécessaires, de nouveaux votes interviendront. Peu importe leur nombre, nous finirons par rétablir la justice, par redonner au Jura historique les droits qu’il a sur son territoire ancestral. Les Jurassiens ont toujours su se relever de la défaite. Pourquoi en irait-il autrement au lendemain du funeste automne de 2013 ? Soyons confiants et, passant le flambeau à la jeunesse, à côté d’elle, poursuivons sans faillir la mission que nous a légué l’histoire. Merci aux organisateurs de la Fête de la jeunesse de nous permettre de redire l’essentiel à la face de ceux qui pensent que l’affaire est réglée, et que les Jurassiens sont ravalés au rôle de figurants. Rien n’est fait. Tout reste à faire. Et, à ce propos, nous abandonnons le domaine des fantasmes à nos contradicteurs.

 Merci à la jeunesse jurassienne de nous offrir une tribune pour dire notre reconnaissance au Groupe Bélier. Il a été, de cette jeunesse, l’inspirateur au cours des « années de braise », il demeure son inspirateur au moment de la confirmation d’un idéal, au moment de la renaissance d’une parole que personne, jamais, ne saura faire taire. Dans la longue et virulente histoire de l’indépendance jurassienne, le Groupe Bélier occupe une place centrale, et nul ne lui retirera ses mérites. Au contraire, nous avons à les saluer et à les montrer en exemple. Nous avons affronté ensemble des périodes difficiles, alternant avec des temps plus heureux. Parce que nous vous soutenions, nous avons connu la critique des « belles âmes » ; vous avez éprouvé le blâme de vieux précepteurs nostalgiques ; nous avons dédaigné l’injonction de vous condamner ; vous recevez la leçon des nouveaux prédicants ; nous essuyons celles de sermonneurs pontifiant à l’envi. Rien n’y fit, personne n’y peut, et rien n’y fera. Comme le dirait un brillant auteur anonyme du XVIIIe siècle, en bon expert de la conscience publique et aimant le style, qu’il me plaît de citer le jour-même de l’ouverture de la Semaine de la langue française, « la plupart des maîtres – ceux qui le sont où aspirent à le devenir – voudraient avoir des serviteurs qui eussent des pieds de cerf, des oreilles d’âne, des mains qui ne fussent pas poissées, la bouche cousue, et qui ne leur demandassent jamais rien » ! Si l’on attend aujourd’hui des Béliers qu’ils se réservent à une si triste destinée, si l’on espère de nous que nous courbions le front et cédions au renoncement, alors on se trompe lourdement. Personne ne nous dessaisira du devoir qui nous incombe.

 La campagne du 24 novembre aura eu pour avantage de mettre en lumière la consolidation de la jeunesse militante, magnifiquement incarnée par le Groupe Bélier, de même que l’émergence d’une jeunesse jusque-là absente du débat pour des raisons qui lui sont propres, rejoignant le mouvement des idées progressistes, revendiquant son identité, celle que nous partageons tous ici, prenant la mesure des enjeux et révélant d’extraordinaires talents aux tribunes politiques. La relève est là, qu’on se rassure !

 La jeunesse jurassienne existe bien, bouge, s’exprime, promet au Jura de vivre et revivre les inévitables évolutions de son statut vers l’aboutissement de sa cause. Peu importe qu’on nous dise que cela relève du rêve. Le cœur et la raison finiront par l’emporter.

 Pour l’heure, pensons à la seconde phase du processus initié par les gouvernements dans leur « déclaration d’intention » du 20 février 2012. Nous sommes entrés de plein pied dans la phase du « vote communaliste », qui prend une allure décisive, ici même à Moutier, l’objet de toute notre attention, le lieu où se joue l’impact d’une victoire décisive pour le Jura.

 Moutier et sa région ont entre leur main les conditions d’une réunification future du Jura. Il faut que chacun comprenne bien cela : en devenant jurassienne, Moutier fournit au Jura historique l’occasion d’une nouvelle réflexion collective sur un avenir peut-être lointain, mais seul apte à préserver son patrimoine, son caractère et son originalité francophones. Hier soir, en délégation, nous étions dans le district de Courtelary, avant-hier soir dans celui de La Neuveville, et les échos de ces lieux laissés à l’incompréhensible choix du 24 novembre sont unanimes dans la bouche des Jurassiens qui y demeurent : Moutier doit partir, Moutier, par son adhésion au canton du Jura, doit ouvrir un nouveau chantier, susciter un nouvel espoir, car sa nouvelle appartenance aura des répercussions qu’aucune personne sensée ne pourra négliger dans le reste d’un Jura-Sud en prise avec ses contradictions. Voilà ce qu’on nous a dit, et voilà ce que nous rapportons aux Prévôtois. Alors, chers amis, préparons-nous au choc et, sans attendre, entrons en campagne aux côtés de la majorité autonomiste de Moutier, de son maire, de ses élus, auxquels les Jurassiens du Nord et du Sud savent gré de défendre et de conduire leur ville avec brio, détermination, constance et vigueur.

 J’en termine, chers amis, en vous conviant le samedi 14 juin à Moutier, pour « Faites la Liberté » et les « Etats généraux du mouvement », un rendez-vous capital au gré duquel nous débattrons et statuerons sur notre ligne politique, post-24 novembre. Ne manquez sous aucun prétexte d’être des nôtres. Puis, une semaine plus tard à Saignelégier, nous participerons ensemble à la première commémoration centralisée du 23 juin. Ce sera le dimanche 22, en famille, entre amis, Jurassiens réunis, nous célébrerons comme il se doit le 40e anniversaire du plébiscite libérateur. Enfin, réservez les 13 et 14 septembre, dates de la Fête du peuple jurassien, qui est en phase active de réorganisation et de préparation.

 Un dernier mot : n’oubliez pas d’aller voter dans 15 jours pour les candidats autonomistes au Grand Conseil et au CJB. Ils méritent votre soutien ! Et nous devons, dans des circonstances aussi difficiles que celles d’aujourd’hui, faire en sorte d’assurer la meilleure représentation possible des Jurassiens dans les institutions concernées.

 Nous voilà au clair sur nos prochains pas et nos prochaines démarches, et, chers commentateurs qui nous imaginiez plongés dans un inextricable désarroi, vous voilà prévenus. Les Jurassiens gardent la tête haute et sont bien décidés de ne pas s’en laisser compter. Le Jura est debout ! Dans sa Lettre à un otage, Saint-Exupéry dit que « la vérité de demain se nourrit de l’erreur d’hier ». La vérité, celle du Jura, celle de son unité sur un territoire qui lui appartient depuis la nuit des temps, cette vérité-là, accident de l’erreur, finira par s’imposer. Faisons-en la promesse à ceux qui nous écoutent. Vive la jeunesse jurassienne ! Vive le Jura libre, de Boncourt à La Neuveville !

Pierre-André Comte

Sous les crânes, la tempête fait rage

Les phraseurs francophones bernois, et pour cause, ne tarissent pas de paroles à l’emporter, ni ne font abstinence de sottises, encore moins de galéjades. Sous la « toiture » de nos génies, la tartarinade tient lieu de programme, l’enfumage de péché mignon, être cocus de grand dessein. Ainsi qu’en témoignent quelques-unes de leurs dernières et  brillantes déclarations, on n’a pas fini de s’ébaudir dans les chaumières où la jugeote n’a rien cédé à l’aveuglement anti-jurassien ou à l’accoutumance bernée.

11 février 2014 dans le Quotidien jurassien. Dans un larmoyant courrier des lecteurs, Marcelle Forster, passionaria de la gauche bernolâtre, dit tout son dégoût de l’UDC après le vote suisse sur « l’immigration massive ». Comiquement suffoquée, elle vomit sur cette « droite dure, incapable d’entrer en discussion afin de trouver des solutions consensuelles » ! Quelle charge, mes amis, et quelle constance dans la condamnation outrée !  Et alors ? Avant le 24 novembre, Madame Forster en photo aux côtés du contribuable et chef de meute d’extrême droite Pierre-Alain Droz, avec en arrière-plan une affiche traitant Elisabeth Baume-Schneider de sorcière, était-ce une hallucination, une illusion ou un mirage ? Pleurnichez, récriminez, désolez-vous, Madame, tout le monde vous suit !

12 février 2014 à Corgémont, raout des partis bourgeois. Selon le Journal du Jura, Manfred Bühler récidive et « constate que les trois quarts des gens ont estimé qu’il n’y avait pas besoin de changer grand-chose » au statut politique du Jura sous tutelle bernoise. Depuis longtemps, le « plus » du statu quo bat de l’aile dans la bouche du crack de l’UDC. Mais, réplique un phénix radical à résidence jurassienne, « nous allons prouver à ceux qui disent que le CJB est une coquille vide qu’ils se trompent ! » Prouvez, colonel, prouvez ! Nous sommes par avance admiratifs des médailles que vous glanerez sur le front de la bernophilie qui vous émoustille, vaillant hussard à babouches et taille-crayon !

18 février 2014 à Tavannes. Débat Perrenoud-Bühler relaté par le Quotidien jurassien. « Parler du Jura méridional ? Excusez-moi, ça m’énerve », éructe le Conseiller d’Etat en quête de suffrages bourgeois-bernois! Les autonomistes de toute obédience n’ont plus qu’à réfléchir… Et le psychiatre-stratège n’en reste pas là. Pouvez-vous donner des garanties quant à l’avenir de l’Hôpital de Moutier? lui demande-t-on. La réponse s’abat sur le questionneur comme un tomahawk sur la bobine d’un barbu : « Aucune ! » Alors, s’apercevant qu’il s’est trahi sous l’œil goguenard du concurrent saisissant l’aubaine d’un contrepied mortel, le socialo-Bernois se ravise et aggrave son cas, prétendant que «le changement de canton peut être une épée de Damoclès sur l’avenir de l’Hôpital de Moutier », et que celui-ci « a besoin de ses deux pieds pour garantir l’avenir, ce qui n’est pas tout simple»… Après la gaffe électorale, la gastro verbeuse. Touillez, retranchez, rectifiez, bernez, camarade, et, sans rire, allez voir ailleurs s’ils n’ont pas quelque voix à vous offrir !

Pierre-André Comte

JL/20.02.2014