Vigueur de pensée et force de cœur

Juin est mois de commémora­tions et de fêtes. Le 16, les Juras­siens se retrouveront à Moutier pour célébrer la décision prise démocratiquement le 18 juin 2017 par le corps électoral pré­vôtois. Les organisateurs de ce rendez-vous le veulent convivial et ouvert à tous. On n’y chan­tera pas la victoire des uns sur les autres ; on n’y exprimera que l’espoir de réunir la ville et les Jurassiens de tout le Jura autour du projet commun auquel les Prévôtois ont librement décidé d’adhérer. Agir par vigueur de pensée et force de cœur, dit le philosophe : voilà la meilleure façon de faire. On peut espé­rer que ceux qui, ayant exprimé leur opposition dans un premier temps, reconnaissant ensuite le verdict des urnes, se joindront à ce rassemblement populaire. Ils y seront accueillis fraternel­lement. Nulle porte n’a été fer­mée à quiconque le 18 juin 2017. Toutes ont été ouvertes à une réflexion collective sur l’ave­nir de la cité au sein du canton choisi par la majorité électorale.

Le 23 juin, les patriotes se réu­niront en des lieux divers pour se souvenir ensemble du plébis­cite libérateur. À un an du qua­rantième anniversaire de l’en­trée officielle du canton du Jura dans l’Alliance fédérale, nous ne manquerons pas de nous réjouir des droits acquis grâce à la liberté retrouvée et à notre accès à la souveraineté canto­nale. Notre devoir reste, à ce propos, d’entretenir la mémoire d’un passé dont chaque Juras­sien peut être fier. Les nouvelles générations sont ici visées, afin qu’elles n’oublient pas d’où émane ce bien précieux qu’est l’indépendance du peuple auquel elles appartiennent, ni d’où vient le pouvoir qu’elles sont appelées à exercer sur une partie du territoire ancestral à l’avenir.

Dès lors, fêtons ensemble, mais faisons aussi nôtre la devise du Québec : « Je me souviens ! » (PAC/Jura Libre)

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50e anniversaire de l’APF

Séance de la Commission politique de l’APF du 9 juillet 2017 à Luxembourg.

Rapport de la Section Jura de l’APF.

Présidence : Jacques Legendre, Sénateur, France

Prise de parole : PAC, député, président de la Section

Pour rappel, le canton du Jura est né de sa séparation d’avec le canton de Berne auquel le Congrès de Vienne l’avait remis en 1815. Un vote de libre disposition du peuple jurassien, le 23 juin 1974, a permis à la moitié de son territoire historique d’accéder au rang de canton suisse. L’autre moitié est restée sous juridiction du canton de Berne germanophone.

Ce qu’on appelle chez nous la Question jurassienne n’est donc pas résolue puisque la souveraineté étatique au sein de la Confédération n’a été acquise que sur la partie nord de la terre ancestrale.

Cette situation, qui ne satisfait pas le Jura, donne lieu depuis longtemps à des revendications allant dans le sens du remembrement de la patrie jurassienne. Fondée sur la défense de leur identité culturelle, identité intimement liée à la langue française, la volonté des Jurassiens de restaurer leur unité dans un même Etat confédéré reste un idéal et un objectif politique à réaliser.

C’est ainsi que, après 43 ans d’engagement pro-jurassien, la principale ville du sud du Jura resté bernois, la ville de Moutier a, sous la pression politique et au gré d’un processus initié par les deux cantons sous l’égide de la Confédération, obtenu le droit de se déterminer sur son appartenance cantonale. Ce vote a eu lieu le dimanche 18 juin.

Ce 18 juin, jour béni pour les Jurassiens, une majorité de Prévôtois (c’est ainsi que l’on appelle les habitants de Moutier) s’est prononcée en faveur de son union avec la République et Canton du Jura, en faveur de son retour dans sa famille naturelle que constitue notre canton. Dix mille Jurassiens réunis à Moutier sous un soleil radieux ont accueilli le résultat de ce vote dans une liesse extraordinaire, dont la presse suisse et internationale s’est fait largement l’écho.

Dans notre pays, et singulièrement pour les Jurassiens, ce qui s’est passé le 18 juin est sans conteste l’événement politique le plus important de l’année dans une Suisse tranquille, arbitre des conflits territoriaux ou culturels qui peuvent surgir en son sein.

En tant que député du Canton du Jura, vous me trouvez aujourd’hui, dans la grande famille francophone, particulièrement heureux.

Foutoir français

Regard fielleux, discours acrimonieux, dégaine martiale, idéologie rétrograde, maquillage vampire, Marine Le Pen, mascara excepté, est le portrait de son père. Se démarquer de son géniteur en l’excluant du FN ne la rend pas plus fréquentable. Je commence par elle parce qu’elle est favorite du premier tour, voire du deuxième si le spectacle continue.

L’écart entre les visées de Macron et les vues de Hollande relève de la nano-marge. Ancien conseiller spécial du Président, puis son ministre de l’économie, on n’est pas étonné de constater que le programme d’« En marche » pourrait être celui d’un second quinquennat hollandais, ce qui lui promet quelques difficultés. Reconnaissons cependant que sa volonté de dépasser l’algarade partisane mérite d’être saluée.

L’obstination de Fillon dans le reniement de la parole donnée rappelle les heures de gloire du petit Nicolas, effluves d’encens, excuses (mais pourquoi s’excuse-t-il, s’il est innocent ?) et amnésie en sus. Le « collaborateur » et le « maître » se nourrissent au même combustible. Gardien de la morale catho, le pharisien suit les traces de son inspirateur. Soyons juste, il faut lui reconnaître un certain courage dans l’adversité, et ceux qui le fuient, tout obsessionnellement préoccupés par leur avenir, risquent bien de s’en mordre les doigts.

Qui donc trouver de bien dans le foutoir électoral ? Le prospère Hamon, dont le « Canard Enchaîné » révèle l’opulence domestique (ce n’est pas un crime) et les cachotteries qu’il en fait ? Jean-Luc Mélenchon, que j’ai envie de plébisciter, tant l’éloquence, la culture et la sincérité de l’engagement m’émeuvent, mais qui ne sera jamais président de la République ? Bayrou, auquel François Mitterrand prédisait un destin présidentiel, l’un des rares politiciens à écrire ses propres livres (cf. son excellent ouvrage sur Henri IV), qui voulait « surpasser » un clivage gauche-droite légitime lorsqu’il génère de vraies visions pour le futur, mais dont les porte-parole respectifs ne sont pas à la hauteur ? Juppé, qui a pris une raclée imméritée lors de la « primaire » et a payé seul pour les turpitudes de son maître Chichi ?

Inutile de pleurer sur les disparus, de gauche ou de droite. Ils sont morts pour un moment. Le beau Peillon qui a joué le jeu pitoyable de la sournoise Aubry pour fusiller Valls, qui avait tout de même l’expérience du pouvoir, est heureusement et définitivement enterré. Copé l’intrigant ou Lemaire le prétentieux sont « réduits », pour un temps, le plus long possible, il faut le souhaiter. Démonétisée, la fille à papa Morizet est aussi inspirée que l’inconsistante Hidalgo ou que l’atrabilaire Rachida Dati. Inutile d’aller plus loin.

Je finis la lecture du dernier « canard », l’affreuse feuille de chou qui a le tort de dire la vérité et d’honorer son indépendance : ce n’est que fric, fraude discale, trafic d’influence, frasques pipeulesques ! Paris est une fête, proclamait jadis Hemingway ! Paris est une désespérance, s’exclamerait-il aujourd’hui au gré d’un bourdon cuité. A vous dégoûter d’aimer la France. Mais la France, ce n’est pas sa classe politique, c’est plus que cela. Bien plus que cela. (PAC)

Présidentielle française

L’autre soir, sur le plateau de BFM TV, Henri Guaino déplorait que la France ne fût servie que par de petits hommes, les « grands » (il citait De Gaulle et François Mitterrand) ayant disparu du paysage politique. A voir le spectacle que nous offrent les candidats à la présidence de la République, on ne peut que lui donner raison. Désormais favori, Emmanuel Macron relèvera-t-il le défi ? A voir. Quoi qu’il en soit, on est loin de Mongénéral et de François de Jarnac : « Je connaissais mon Histoire de France jusqu’au bout des doigts, ainsi que le territoire en ses circonscriptions, les églises et leurs clochers, les monts et les bocages, les landes et les ruisseaux, les senteurs et les pelages, les vins et les fromages, les huîtres et les viandes. Tel qu’en moi-même enfin, l’éternité me fige : pur-sang haut de gamme de la maison France, mélange subtilement et longuement travaillé de terroir et de lumière, d’aristocratie et de peuple, de Voltaire et de Barrès, de sabre et de goupillon, d’agnosticisme et de dévotion, de révolte et conservatisme. Je fus, selon la belle expression de Cocteau, un miroir de mon pays, qui réfléchissait peut-être un peu plus que les autres. » Le président d’alors était capable, malgré les tombereaux d’injures que les politicards déversaient sur lui, d’assurer la suprématie d’une fonction crainte et respectée. (PAC)

Malgré un « NON », la victoire des autonomistes !

Drapeau écossais

Les Ecossais n’accéderont pas à l’indépendance à court terme. Tel est le verdict du scrutin. Les raisons du « NON » majoritaire ont été souvent mises en évidence avant le vote, et elles se sont révélées pertinentes pendant. D’abord, le conservatisme naturel d’une partie des électeurs les a figés dans la peur de l’inconnu, un sentiment que l’on a identifié et connaît partout. Cette peur a été abondamment et artificiellement alimentée : par exemple, on a dit aux électeurs que les banques installées à Edimbourg allaient déménager pour Londres ! Dans ce contexte, le sondage donnant le « OUI » en tête à deux jours du scrutin a joué contre les indépendantistes. Enfin, de nouvelles promesses de Londres ont fini par assurer la victoire du « NON ».

Quelle conclusion faut-il tirer de cette consultation populaire ? Que, malgré le résultat, les partisans du « OUI » ont gagné. D’abord, ils ont fait reconnaître le droit à l’autodétermination du peuple écossais. De cette reconnaissance formelle découlera un accroissement sensible d’un pouvoir déjà conséquent en mains indépendantistes. En somme, c’est un « OUI » à l’aspiration autonomiste de l’Ecosse que, de leur côté, les Anglais ont dû concéder afin d’éviter l’option indépendantiste. Et s’ils se renient dans les mois qui viennent, alors ils concourront à la relance du débat et, à terme, ouvriront la porte à la création du nouvel Etat écossais.

Le référendum écossais est extrêmement réjouissant parce qu’il a fait comprendre, non seulement à la Grande-Bretagne, mais au monde entier, que le droit d’autodétermination des peuples n’a rien perdu de sa valeur depuis son intégration dans le droit international public et son inscription dans la Charte des Nations Unies en 1945. Grâce aux Ecossais aujourd’hui, grâce aux Catalans et à d’autres demain, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes s’impose plus que jamais au monde « globalisé » qui veut à tout prix broyer la diversité humaine au profit d’un ultralibéralisme économique assassin.

Tout peuple qui se reconnaît et est reconnu comme tel est légitimé à se donner le système politique de son choix sur son territoire ancestral. Dans leur propre histoire depuis l’annexion du Jura au canton de Berne en 1815, les Jurassiens n’ont eu de cesse de s’appuyer sur cette légitimité-là pour conquérir leur liberté. Malheureusement, ni le canton de Berne ni la Confédération ne l’ont respecté et, recourant au droit positif suisse, ont bafoué le droit international public au lendemain du 23 juin 1974, œuvrant ainsi activement à la division du Jura. Mais rien n’est fini, et l’Ecosse vient de nous faire la brillante démonstration que, quelles que soient les embûches électorales, la libre disposition des peuples reste une référence vivante et prometteuse. Merci aux Ecossais !

Le choix des langues nationales

Le Parti socialiste suisse part en guerre contre les cantons qui souhaitent se débarrasser de l’enseignement du français dans leurs écoles (Cf. LQJ du 6 août 2014). Son initiative est à saluer, en espérant que d’autres familles partisanes l’appuieront, mieux, se l’approprieront. Les attaques contre le français « menacent le fragile équilibre de notre pays et sont un danger pour la cohésion nationale », dit le Conseiller national valaisan Matthias Reynard.

Il est vrai que la multiplication des initiatives relatives à l’enseignement des langues dans les cantons alémaniques préoccupe au plus haut point. La crainte, qui n’est pas infondée, est qu’à terme un tel mouvement débouche sur la prééminence de l’anglais au détriment des langues nationales comme vecteur de communication entre les Suisses. On se souviendra à ce propos qu’il y a quelque temps Beat Kappeler et ses amis souhaitaient qu’on s’exprimât en anglais au Conseil national, comme au plus haut niveau de commandement de l’Armée !

Le français chassé du paysage éducatif suisse allemand ? L’exemple du Parlement schaffhousois qui vient d’adopter « une motion exigeant le retour à une seule langue étrangère, l’anglais, à l’école primaire », le laisse malheureusement entrevoir. Et que cet exemple soit suivi par les cantons de Lucerne et de Nidwald, et par d’autres, est particulièrement lamentable. « En Argovie, le pas est quasi déjà franchi, dénonce le conseiller national bernois Matthias Aebischer, puisqu’après une année obligatoire, les élèves peuvent renoncer au français. »1

Dans ce contexte, la menace brandie par le Conseiller fédéral Alain Berset, relative à une intervention de la Confédération à l’encontre des cantons qui abandonneraient l’enseignement du français à l’école primaire est légitime. Elle l’est en raison de la décision du corps électoral suisse liée à l’approbation du concordat HarmoS, lequel « pose le principe de deux langues étrangères à l’école primaire, dont une nationale. »2 Pareille volonté est aussi légitime comme réponse à une attitude déloyale par-ce qu’unilatérale, même si l’on peut et l’on doit s’interroger sur le grignotage continuel de la souveraineté cantonale en ce domaine comme dans d’autres. Au cas particulier, notons que l’intervention fédérale est due à la brutalité de forces politiques dont l’action vise aussi à contraindre l’Etat à des économies drastiques dans la formation, « seule matière première de la Suisse, qui constitue un investissement et pas une charge », conclut avec pertinence Matthias Reynard.

L’apprentissage des langues nationales n’est pas une pénitence ; c’est une aubaine, une exigence morale, culturelle et économique. La détruire au nom de la vision « politiquement correcte » en vogue, vision économiquement erronée par ailleurs, ou au nom d’un snobisme imbécile, confine, sinon au suicide, du moins à un affaiblissement désastreux et sur tous les plans pour l’avenir. C’est à cette œuvre néfaste qu’il faut s’en prendre.

Qu’on se rassure: il ne s’agit pas d’exclure l’anglais de nos préoccupations linguistiques, mais seulement de ne pas lui réserver une situation de monopole. Qui oserait nier que l’apprentissage de l’anglais est, sinon indispensable, du moins extrêmement utile, intellectuellement enrichissant ? Pas plus un politicien qu’un économiste, un artiste qu’un scientifique, un voyageur qu’un chercheur, un portier d’hôtel qu’une réceptionniste, un Suisse alémanique qu’un Romand. Là n’est pas le problème. La question, la seule, est, partout : doit-on rester sans réagir face à « l’uniformisation » culturelle du pays et, au-delà, du monde, dont la touche finale réside dans l’intronisation de l’anglais comme langue unique de communication nationale et internationale ?

Il est tout à fait stupide de prétendre que l’idéal de l’unité humaine peut se réaliser, dans le champ culturel, linguistique et politique, à travers l’instauration d’une hégémonie quelconque. Pareille hégémonie est porteuse d’appauvrissement culturel et de totalitarisme idéologique. Le respect de la diversité des langues et des cultures est une condition essentielle à l’épanouissement de la démocratie et de la liberté. Où que l’on se trouve.

De ce point de vue, le canton du Jura se distingue depuis quelque temps par ses op-tions pédagogiques en matière linguistique. En favorisant activement l’apprentissage de la langue du voisin, c’est-à-dire l’allemand, ce qui est la moindre des choses, cela notamment à travers « l’institution » de ses classe et filière bilingue (voire la coopération et les échanges mis en place par les Lycées de Porrentruy et de Laufon), l’État jurassien a pris la bonne direction. Il doit être encouragé dans cette démarche, constructive et bénéfique. PAC

1 et 2 Cf. l’article du Quotidien jurassien du 6 août

Hommage aux femmes jurassiennes

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Dans le cadre du 70e anniversaire du droit de vote des femmes, soit avec trois décennies d’avance sur la Suisse, la France a célébré dernièrement le jour où les femmes furent officiellement admises à égalité avec les hommes dans la République. Ce jour, c’était le 21 avril 1944, et il s’était écoulé un siècle et demi depuis la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen et malgré le sacrifice d’Olympe de Gouges et sa « Déclaration des droits de la femme », qui, après avoir exercé son droit de monter à la tribune, fut vivement conviée à exercer celui de monter à l’échafaud… A l’occasion de cet hommage national, on a, de Louise Weiss à Lucie Aubrac, convoqué au prétoire les lumineuses figures devant lesquelles chacun s’incline naturellement. On a cité aussi d’illustres messieurs militant pour le droit des femmes. On s’est souvenu de Condorcet, qui réclamait en 1790 que la femme fût l’égale de l’homme en droit et en dignité. On a évoqué Hugo, qui s’engagea d’une même voix et pour les mêmes droits. On aurait pu citer Stendhal qui estimait que « l’égalité parfaite serait la marque la plus sûre de la civilisation ». Les grands hommes ne manquent jamais à l’appel des vertus suprêmes. J’ai bien dit les « grands hommes », pas les petits, pas ceux dont la Duchesse de Langeais disait, sous la plume de Balzac, qu’ils permettent bien aux femmes « de s’élever au-dessus d’eux, mais ne leur pardonneront jamais de ne pas descendre aussi bas qu’eux… »

Certes, l’AFDJ ne se revendique pas comme mouvement féministe a priori. Cependant, il est juste d’affirmer que ses fondatrices ont toujours eu à l’esprit la volonté de défendre les droits de la femme. Le projet de l’AFDJ a été dès le départ de faire naître un État au service de la démocratie et de la justice. Un projet conçu pour faire avancer les luttes et défendre le bien commun. Très tôt les femmes jurassiennes ont compris qu’une vision individualiste de la société contribuait à dépolitiser les enjeux sociaux. Elles craignaient que les problèmes d’inégalité, avec l’insécurité et la détresse sociale qui les accompagnent, demeurassent irréductibles dans le modèle-type du canton confédéré. Dès lors, il fallait, en terre jurassienne, élargir le spectre de la réflexion politique à la suppression des rapports de domination, quels qu’ils soient.

Dans le reste de la Suisse, les choses, sur ce plan-là, étaient plutôt figées. Rappelons-nous en effet que la Confédération n’a jamais assumé le rôle de pionnière dans la promotion de l’égalité entre hommes et femmes. Elle s’est juste montrée suffisamment pragmatique en copiant à son tour les réalisations locales réussies. Ainsi, le Bureau fédéral de l’égalité fut créé en 1988, alors que le canton du Jura avait, précisément sous l’impulsion de l’AFDJ, déjà fondé le sien en 1979, donc neuf ans plus tôt et huit ans avant que Genève ne fît pareil!

Faut-il en conclure que tout est gagné ? Rien n’est moins sûr, et la vigilance est de rigueur. Mieux, la pression doit s’amplifier ! Car pensons à la plus élémentaire justice, toujours pas respectée et si difficile à imposer. Le Parlement jurassien n’a-t-il pas adopté en 2002 un postulat suggérant qu’on rédigeât une loi sur l’équité salariale comme prolongement du principe d’égalité fixé dans la Constitution fédérale ? Et alors? Il n’y a jamais eu de loi sur l’équité salariale, et de 30% il y a douze ans, l’écart entre les salaires des hommes et des femmes est passé à 25%, autour de 20% dans le meilleur des cas, pour un travail identique ! Pour être précis, mentionnons les dernières statistiques de l’OFS qui signalent que cet écart est passé de 18,4% en 2010 à 18,9% en 2012. Ça remonte… et on ne peut pas dire qu’il s’agit-là d’une victoire…

Le double combat de l’AFDJ, mêlant la marche d’un peuple vers sa libération et celle de la femme vers son accession à un statut légitimement revendiqué, ce double combat-là reste primordial pour le progrès de toute communauté humaine. Il doit se poursuivre dans le sou-venir de la parole de Jean Rostand : « Le temps ne travaille pas pour l’homme, et tout ce qu’on aura manqué à faire en cette génération, il faudra s’y reprendre à la prochaine. Les enfants qui naîtront dans des millénaires ne seront pas plus aptes au progrès que ceux qui naissent de nos jours, et il n’y a rien à espérer de l’avenir qui ne soit déjà espérable du présent. »

Les femmes jurassiennes se sont ménagé une place privilégiée dans l’histoire de la lutte d’indépendance. Leur apport a puissamment contribué à notre appropriation de la souveraineté politique. Roland Béguelin l’a dit dans des termes flatteurs. Roger Schaffter l’a proclamé avec force. Valentine Friedli, seule femme de la Constituante, l’a revendiqué avec talent.

Les femmes jurassiennes ont porté haut l’honneur du Jura, et c’est à l’association née il y a cinquante ans qu’elles doivent d’avoir gravi les échelons d’une notoriété désormais inscrite dans la mémoire des temps. Je voudrais aujourd’hui leur dédier les mots de la lettre d’adieu que Pauline Marois, Premier Ministre déchu du Québec et amie de notre mouvement, vient d’adresser à ses compatriotes: « Jeune femme, je rêvais de changer le monde. Aujourd’hui, je me permets humblement de penser que j’y ai contribué, grâce à vous. Je vous enjoins de continuer de vous tenir debout, la tête haute, pour protéger ce qui vous tient à cœur. De continuer à chérir le précieux trésor que nous avons reçu de nos mères et de nos pères, et qui fait de nous un peuple différent. De ne jamais tourner le dos à la possibilité que nous nous donnions un jour un pays à nous. Un pays pour décider pour nous-mêmes et par nous-mêmes. L’avenir vous appartient. Je demeurerai toujours à vos côtés. Je vous aime. » Ce pays-là, Mesdames et Messieurs, c’est aussi le nôtre, le Jura. Continuons de rêver à la restauration de son unité et obstinons-nous à nous engager afin qu’il la retrouve.

Jamais indifférentes, tantôt au front, tantôt dans l’ombre, les femmes se sont impliquées massivement dans la mobilisation du peuple jurassien. Mais que sait-on vraiment, dans le public, de leur engagement ? Etaient-ce de bonnes complices, de précieuses partenaires, d’excellentes alliées, des adhérentes d’exception ? L’histoire, rassurez-vous, établira les faits et s’adressera aux consciences. Elle dira qu’elles ont agi et bousculé jusqu’à idéaliser la lutte d’indépendance du Jura, autant qu’elles ont ennobli celle de leur émancipation au sein d’une société cohérente et solidaire. Merci aux femmes jurassiennes d’avoir été et de rester à l’avant-scène des luttes pour le progrès social, la liberté, la fraternité et l’égalité ! Longue vie à l’AFDJ !