Le choix des langues nationales

Le Parti socialiste suisse part en guerre contre les cantons qui souhaitent se débarrasser de l’enseignement du français dans leurs écoles (Cf. LQJ du 6 août 2014). Son initiative est à saluer, en espérant que d’autres familles partisanes l’appuieront, mieux, se l’approprieront. Les attaques contre le français « menacent le fragile équilibre de notre pays et sont un danger pour la cohésion nationale », dit le Conseiller national valaisan Matthias Reynard.

Il est vrai que la multiplication des initiatives relatives à l’enseignement des langues dans les cantons alémaniques préoccupe au plus haut point. La crainte, qui n’est pas infondée, est qu’à terme un tel mouvement débouche sur la prééminence de l’anglais au détriment des langues nationales comme vecteur de communication entre les Suisses. On se souviendra à ce propos qu’il y a quelque temps Beat Kappeler et ses amis souhaitaient qu’on s’exprimât en anglais au Conseil national, comme au plus haut niveau de commandement de l’Armée !

Le français chassé du paysage éducatif suisse allemand ? L’exemple du Parlement schaffhousois qui vient d’adopter « une motion exigeant le retour à une seule langue étrangère, l’anglais, à l’école primaire », le laisse malheureusement entrevoir. Et que cet exemple soit suivi par les cantons de Lucerne et de Nidwald, et par d’autres, est particulièrement lamentable. « En Argovie, le pas est quasi déjà franchi, dénonce le conseiller national bernois Matthias Aebischer, puisqu’après une année obligatoire, les élèves peuvent renoncer au français. »1

Dans ce contexte, la menace brandie par le Conseiller fédéral Alain Berset, relative à une intervention de la Confédération à l’encontre des cantons qui abandonneraient l’enseignement du français à l’école primaire est légitime. Elle l’est en raison de la décision du corps électoral suisse liée à l’approbation du concordat HarmoS, lequel « pose le principe de deux langues étrangères à l’école primaire, dont une nationale. »2 Pareille volonté est aussi légitime comme réponse à une attitude déloyale par-ce qu’unilatérale, même si l’on peut et l’on doit s’interroger sur le grignotage continuel de la souveraineté cantonale en ce domaine comme dans d’autres. Au cas particulier, notons que l’intervention fédérale est due à la brutalité de forces politiques dont l’action vise aussi à contraindre l’Etat à des économies drastiques dans la formation, « seule matière première de la Suisse, qui constitue un investissement et pas une charge », conclut avec pertinence Matthias Reynard.

L’apprentissage des langues nationales n’est pas une pénitence ; c’est une aubaine, une exigence morale, culturelle et économique. La détruire au nom de la vision « politiquement correcte » en vogue, vision économiquement erronée par ailleurs, ou au nom d’un snobisme imbécile, confine, sinon au suicide, du moins à un affaiblissement désastreux et sur tous les plans pour l’avenir. C’est à cette œuvre néfaste qu’il faut s’en prendre.

Qu’on se rassure: il ne s’agit pas d’exclure l’anglais de nos préoccupations linguistiques, mais seulement de ne pas lui réserver une situation de monopole. Qui oserait nier que l’apprentissage de l’anglais est, sinon indispensable, du moins extrêmement utile, intellectuellement enrichissant ? Pas plus un politicien qu’un économiste, un artiste qu’un scientifique, un voyageur qu’un chercheur, un portier d’hôtel qu’une réceptionniste, un Suisse alémanique qu’un Romand. Là n’est pas le problème. La question, la seule, est, partout : doit-on rester sans réagir face à « l’uniformisation » culturelle du pays et, au-delà, du monde, dont la touche finale réside dans l’intronisation de l’anglais comme langue unique de communication nationale et internationale ?

Il est tout à fait stupide de prétendre que l’idéal de l’unité humaine peut se réaliser, dans le champ culturel, linguistique et politique, à travers l’instauration d’une hégémonie quelconque. Pareille hégémonie est porteuse d’appauvrissement culturel et de totalitarisme idéologique. Le respect de la diversité des langues et des cultures est une condition essentielle à l’épanouissement de la démocratie et de la liberté. Où que l’on se trouve.

De ce point de vue, le canton du Jura se distingue depuis quelque temps par ses op-tions pédagogiques en matière linguistique. En favorisant activement l’apprentissage de la langue du voisin, c’est-à-dire l’allemand, ce qui est la moindre des choses, cela notamment à travers « l’institution » de ses classe et filière bilingue (voire la coopération et les échanges mis en place par les Lycées de Porrentruy et de Laufon), l’État jurassien a pris la bonne direction. Il doit être encouragé dans cette démarche, constructive et bénéfique. PAC

1 et 2 Cf. l’article du Quotidien jurassien du 6 août

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